A la découverte du Brésil avec l’Historia naturalis Brasiliae

Au 17e siècle, le Brésil est une terre portugaise depuis sa découverte en 1500 par le navigateur Pedro Álvares Cabral. Toutefois, une enclave hollandaise existe entre 1624 et 1654 au nord-est du Brésil. C’est dans ce contexte que deux hollandais, le médecin Willem Piso et l’astronome Georg Marggrav, accompagnent en 1638 le prince de Nassau dans son voyage au Brésil. C’est l’occasion pour les deux savants d’explorer le territoire et d’en répertorier la faune et la flore.

Titre-frontispice

Leurs découvertes sont rassemblées en 1648 par le géographe Johannes De Laet dans un livre intitulé Historia naturalis Brasiliae. Cet ouvrage est considéré comme le premier traité scientifique sur le Brésil. La bibliothèque Osler possède un exemplaire de l’édition originale (Osler room – folio P678h 1648), imprimée à Leyde, par la célèbre maison Elzevier. Le titre-frontispice est particulièrement travaillé : il s’agit d’une gravure colorée à la main, qui semble évoquer le Brésil comme un nouveau Paradis. On y voit deux indigènes, dans une végétation luxuriante, entourés de nombreux animaux (perroquets, singes, fourmiliers, serpents, poissons, crabes, tortues, paresseux…).

Le livre se compose de deux parties : le De medicina Brasiliensi écrit par Willem Piso, et l’Historia rerum naturalium Brasiliae de Georg Marggrav. L’ensemble, organisé et complété par Johannes De Laet,  est richement illustré par plus de quatre cents gravures sur bois.

Un moulin à sucre

Dans son De medicina Brasiliensi, Willem Piso recense les maladies et les venins qui existent au Brésil, ainsi que leurs remèdes locaux. Il y décrit également les vertus thérapeutiques des plantes (De facultatibus simplicium). On trouve d’ailleurs une explication très intéressante de la fabrication du sucre de canne (De saccharo).

Homme en habit traditionnel

La seconde partie, l’Historia rerum naturalium Brasiliae, rédigée par Georg Marggrav, recense les plantes, les poissons, les animaux et les insectes du Brésil. Une rapide description du pays et de ses habitants est également incluse : Marggrav y évoque les coutumes des indigènes du Brésil (vêtements, religion, nourriture… et même la langue avec un bref lexique incorporé dans le texte).

Une espèce de fruit de la passion

Un fourmilier

L’Historia naturalis Brasiliae a fait connaître en Europe de nouvelles plantes médicinales (comme l’ipecacuanha, utilisée notamment pour traiter la dysenterie). Il est devenu un ouvrage de référence pour les naturalistes européens tout au long des 17e et 18e siècles: son influence est notamment perceptible dans les travaux de Buffon et de Linné. C’est un riche témoignage des tentatives de description et de compréhension de la nature au 17e siècle.

 

Bibliographie:

Brienen R. P., Visions of Savage Paradise: Albert Eckhout, Court Painter in Colonial Dutch Brazil, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2006.

Charlot C, Guibert M.-S., “Petite histoire de la Racine Brésilienne en France au 17ème siècle”, 38e Congrès international d’histoire de la Pharmacie, Séville, 19-22 septembre 2007, disponible en ligne.

Galloway J. H., “Tradition and innovation in the American sugar Industry, c. 1500- 1800: an explanation”, Annals of the Association of American geographers, 75, 3, 1985.

Medeiros M. F. T., Albuquerque U. P., “Abstract food flora in 17th century northeast region of Brazil in Historia Naturalis Brasiliae”, Journal of Ethnobiology and Ethnomedicine, 10, 50, 2014.

Safier N., “Beyond Brazilian nature: the editorial itineraries of Marcgraf and Piso’s Historia Naturalis Brasiliae”, dans Van Groesen M. (ed.), The Legacy of Dutch Brazil, Cambridge, Cambridge University Press, 2014.

Walker T. D., “The medicines trade in the Portuguese Atlantic world: acquisition and dissemination of healing knowledge from Brazil (c. 1580–1800)”, Social history of medicine, 26, 3, 2013.

Whitehead P. J. P., Boeseman M., A portrait of Dutch 17th century Brazil : animals, plants, and people by the artists of Johan Maurits of Nassau, Amsterdam – Oxford – New-York, North-Holland Publishing Company, 1989.

 

 

Lyon et l’édition médicale au 16e siècle: l’exemple des Institutions chirurgiques de Jean Tagault, imprimées par Guillaume Rouillé

Au 16e siècle, Lyon est un des principaux centres d’imprimerie d’Europe, et un vivier important de l’édition médicale. C’est d’ailleurs dans cette ville que Le Guydon de la practique en cyrurgie de Guy de Chauliac est imprimé pour la première fois en français en 1478 par Barthélemy Buyer.

Page de titre avec marque d’imprimeur

Parmi les grands imprimeurs lyonnais de la Renaissance, on trouve Guillaume Rouillé (1518-1589). Né à Dolus, près de Loches, il fait son apprentissage à Venise chez les Giolito de Ferrari, puis s’établit à Lyon en tant qu’imprimeur, à l’enseigne  «A l’écu de Venise».

La bibliothèque Osler possède plusieurs ouvrages imprimés par Guillaume Rouillé, dont les Institutions chirurgiques de Jean Tagault (Osler room – T125cF 1549). Il s’agit d’une traduction en français, d’un ouvrage écrit en latin par le médecin Jean Tagault, et complété par un traité sur la « matière chirurgique » de Jacques Houllier, élève de Tagault.

C’est un manuel pratique de chirurgie, à l’intention notamment des étudiants chirurgiens. De petit format, l’ouvrage pouvait être aisément transporté et

Adresse de Guillaume Rouillé aux étudiants en chirurgie, avec signature manuscrite d’Estienne Picard.

annoté. Il a d’ailleurs appartenu à un certain Estienne Picard, chirurgien, comme semblent l’indiquer plusieurs signatures manuscrites.

L’ouvrage, de 1549, est en langue vernaculaire. Jusqu’ici essentiellement en latin, l’édition médicale se vulgarise et commence à être écrite en langue vernaculaire à partir des années 1530 en France. L’ordonnance de Villers-Cotterêts promulguée en 1539 par le roi François Ier contribue à la diffusion et au développement du français, même si le latin reste la langue du savoir jusqu’au 18e siècle. Ce passage du latin au français ne se fait pas sans difficulté, car il faut trouver des équivalents français pour désigner des termes scientifiques. Ceci explique la présence d’une « exposition de quelques lieux difficiles » au début du livre, qui donne des explications sur certains points jugés compliqués.

Le livre contient quelques illustrations, dont plusieurs vues du squelette humain, des exemples de blessures auxquelles peut être confronté un chirurgien, et des outils nécessaires pour les soigner.

Un corps “blessé en plusieurs sortes”

Vue de face d’un squelette humain

 

Exemple d’outil de chirurgien

Si le sujet vous intéresse, n’hésitez pas à venir voir nos collections : la bibliothèque Olser et le département des « Rare Books and Special Collections » de la bibliothèque McLennan possèdent plusieurs exemplaires de livres du 16e siècle imprimés à Lyon. Par ailleurs, si vous êtes de passage à Lyon, pensez à visiter le musée de l’imprimerie qui retrace toute l’histoire de l’imprimerie lyonnaise.

 

Bibliographie:

Berriot-Salvadore E., « La littérature médicale en français de 1500 à 1600 », Bibliothèque numérique Medic@, BIU Santé Paris, novembre 2010, disponible en ligne.

Claudin A., Histoire de l’imprimerie en France au XVe et au XVIe siècle, volume 3, Paris, Imprimerie Nationale, 1904, disponible en ligne.

Mecking V.,  « La terminologie médicale du XVIe siècle entre tradition et innovation », La revue de l’Institut Catholique de Lyon, 2014, 24, 9, disponible en ligne.

Université de Picardie Jules Verne, « Humanisme et médecine, un exemple de diffusion des savoirs à travers les siècles : la bibliothèque d’Emile et Lucien Bax », [exposition virtuelle], 2010, disponible en ligne.